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La larme écarlate

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Shiro




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Localisation : Dans le blizzard, en train d'essayer de se frayer un chemin dans la neige avec un sèche-cheveux

MessageSujet: La larme écarlate Sam 16 Juin - 12:19:37

Voici ma petite fic que j'ai terminée il y a quelques temps. J'espère que vous prendrez du plaisir à la lire!
Le premier chapitre ci-dessous n'est qu'une introduction à l'histoire.



C'était la nuit sur Kusanagi, surnommé le village rouge en raison de la couleur de ses maisons. Le clair de lune transformait les petites habitations en palais de glace, magnifiques, immuables et mystérieux. Les étoiles se reflétaient sur les fenêtres, qui se renvoyaient la faible lumière les unes aux autres; Kusanagi était éclairé comme si les lampadaires avaient été capables de fonctionner, ce qui n'était plus le cas depuis cinq bonnes années. L'énorme cloche de l'église, en plein milieu du village, était enveloppée par la pleine lune, la lumière blanche masquant les traces de rouille qui l'ornaient ici et là.
Kusanagi, le village rouge, était devenu le village argenté. Le silence parfait n'était pas rompu, ce qui renforçait cette impression d'être plongé dans un rêve.
Effectivement, les oiseaux avaient cessé de chanter, ce dont la nuit ne s'attribuait pas entièrement le mérite. Il y a quelques jours, un brouillard glacial s'était abattu sur le Japon. Les oiseaux avaient brusquement arrêté toute activité: ils ne dormaient plus, ne mangeaient plus, ne chantaient plus. En fait, ils ne bougeaient même pas. Ils étaient plongés dans une sorte de coma artificiel que rien ne semblait pouvoir briser. Les corbeaux et leurs congénères s'étaient figés alors que encore quelques secondes avant ils construisaient leur nid ou picoraient le pain que les vieilles dames leur donnaient .
Les responsables étaient des créatures aux oreilles pointues et à la force physique incommensurable; mais des créatures dix fois plus puissantes que ces dernières grâce à leurs ailes parcouraient la Terre pour les retrouver.

Quand la cloche de la petite église éclairée par la lune sonna douze coups, un adolescent commença à escalader le seul immeuble du village à mains nues. Un seul coup d'œil à la façon de se mouvoir de ce garçon permettait de savoir qu'il n'était pas humain. Quel humain pourrait courir avec tant de facilité, de rapidité sur le mur et les fenêtres parfaitement lisses? La faux qu'il tenait à la main l'empêchait de courir à sa vitesse maximale, mais il était néanmoins plus rapide qu'une bonne voiture.
Une lumière écarlate déchirait l'obscurité.
L'adolescent arriva au toit de l'immeuble et s'arrêta. Son visage était caché par la capuche qu'il avait rabattu sur sa tête. Soudain, la pierre précieuse qui brillait sur sa faux étincela plus que jamais.
« J'ai compris, Dew. (Il avait une belle voix de ténor, même s'il ne devait pas avoir plus de seize ans.) Je le sais. Ma dixième victime est quelque part dans ce village, n'est-ce-pas? »
Pour toute réponse, la faux brilla un peu plus. Ce geste devait avoir un sens pour le garçon car il souffla:
« Non. Je ne passerais à l'acte que dès demain. Ne sois pas si pressée. »
À ces mots, il sauta de l'immeuble et atterrit sur ses deux pieds.
« Crâneur », lâcha une voix qui semblait provenir de la pierre précieuse sertie sur la lame étincelante de l'arme.

C'était le matin et le jeune faucheur se trouvait devant une maison très moderne à la pelouse desséchée par le soleil. Il ne portait plus sa capuche et son beau visage fin était donc visible.
D'incroyables yeux étincelants d'un violet soutenu incrustés dans une peau caramel, des cheveux en bataille noirs comme les ailes d'un corbeau, des oreilles pointues.
C'était un démon, mais pas n'importe lequel: c'était Ayato Neko, le plus jeune tueur à gages au service du roi des démons, Satan. Il avait seulement quinze ans – ce qui était incroyable pour un démon tueur à gages, les plus jeunes commençant normalement l'entraînement à seize ans. Mais en raison de cette jeunesse, on ne lui confiait que des victimes presque sans importance.
Quand les démons tueurs à gages tuaient quelqu'un, ils ne recevaient pas d'argent mais contribuaient à la réussite du plan du roi des Enfers: tirer des anges un nouveau monde des démons.
Les démons, les créatures de la destruction, tuaient des humains innocents et les envoyaient au Cratère, l'endroit des Enfers où les mortels brûlaient pour l'éternité, pour que leurs ennemis jurés, les anges, créatures de la création, cèdent et leur offrent un monde tel que le Paradis, où les démons auraient été heureux.
Des siècles auparavant, les anges avaient enfermé les démons aux Enfers car les créatures de la création les avaient jugés trop instables, trop aptes à la violence. Ils avaient créé les Enfers car les créatures de la destruction auraient pu blesser les humains.
Les démons avaient déclaré la guerre aux anges il y a quelques années pour obtenir le monde idéal que peuvent créer les anges. L'idée de tueurs à gages qui auraient servi à tuer les autres créations des créatures ailées, les humains, avait alors germé. C'était ainsi que les démons pouvaient faire passer un message aux anges: « Vous voyez, nous tuons vos créations qui auraient pu aller au Paradis après leur mort, mais qui moisiront finalement aux Enfers parce que vous avez refusé de nous offrir un monde. Si vous voulez arrêter ça... vous savez ce qu'il vous reste à faire. »
Ayato attendait sa victime. Comme lui disait sa faux, Dew, elle allait sortir de chez elle d'un moment à l'autre.

La cible, un homme entre deux âges, sortit quelques minutes plus tard de chez lui. Il avait un visage si antipathique qu'Ayato le rebaptisa aussitôt « Mal-Embouché ». Le démon ne comprit pas de quelle façon il pouvait avoir un cœur pur et bon.
« Que fais-tu ici, gamin? grogna l'humain. C'est une propriété privée, ici! Si c'est pour des tickets de tombola... »
Ayato ne savait pas ce qu'était des tickets de tombola, et il s'en fichait. Il avait un travail à faire. Une mission à accomplir.
Le pierre qui était sur sa faux émit une lumière aveuglante – Ayato se mordit la lèvre supérieure pour éviter de crier une bordée d'insultes à Dew: cela lui arrivait que quand elle pensait à autre chose... bref, elle n'était même pas concentrée, sans compter que sa cible allait comprendre qu'il ne lui restait plus que quelques minutes à vivre ! – et Mal-Embouché remarqua l'arme. L'hostilité qui émanait de son visage se changea presque aussitôt en terreur. Ayato compta trois gouttes de sueur sur son front.
« Gamin... C'est... C'est dangereux, ça, tu sais... R...Range-moi ça... S'il te plaît... S'il te plaît... » ordonna Mal-Embouché, suppliant.
Ayato ne répondit pas. Il se jeta sur l'homme – le démon remarqua que sa victime avait les larmes aux yeux – et le cloua au sol. La lame de la faux se colla toute seule contre sa gorge...
Un petit chaton tigré adorable – certainement celui de Mal-Embouché – eut la bonne idée d'apparaître derrière son maître, sortant de la porte restée entrouverte – il ne pouvait pas tellement la fermer alors qu'il avait une faux sur la gorge. L'animal poussa un petit miaulement pitoyable.
La tête d'Ayato se vida soudain. Il ne pensait plus à rien. Il ne faisait que regarder le petit chaton. Même le gémissement de l'homme qu'il avait cloué au sol lui parvint à peine, comme s'il y avait eu des kilomètres entre eux deux...
Comme dans un rêve, Ayato se leva, abandonna Mal-Embouché par terre et courut vers le chaton. Celui-ci poussa un miaulement de terreur pathétique et fila entre les jambes du démon. Celui-ci le poursuit, laissant un Mal-Embouché complètement perdu derrière lui et ne pensant plus qu'à suivre le petit félin.
Au moment où Ayato allait le rattraper, Dew essaye de le ramener sur la terre ferme:
« Neko, Neko... Tu as une mission à remplir...
– Et alors? Quelqu'un pourra le faire à ma place...dit Ayato, haletant sous l'effort de poursuivre un chaton qui passait sous les haies épaisses et épineuses. Il y a plein de tueurs à gages sur terre...
– Il y en a une vingtaine, tu qualifies ça de " beaucoup "?
– Arrête de pinailler sur les détails! protesta Ayato en s'étonnant d'avoir employé un verbe aussi idiot.
– Et si je te dis que le roi des enfers veut te voir, ça change ton comportement?
Ayato en oublia le chat.
« Il veut... me... voir ? »articula-t-il avec difficulté.
Le roi des Enfers était imprévisible. Quand il se levait de son trône, Ayato ne savait jamais si c'était pour le tuer ou pour le féliciter.
« Il vient de me le dire, ajouta Dew. Alors, je t'accompagne aux Enfers tout de suite ou tu attends que la neige tombe ?
– À ton avis ? »,demanda Ayato.
Soudain, dans un bruit de rafale, les deux partenaires disparurent de la surface de la Terre.

Le palais royal, une des rares belles choses des Enfers, était une imposante bâtisse en verre noir avec un toit recouvert de diamants rouges: ces pierres étaient la cristallisation de larmes d'ange, larmes que les créatures ailées laissaient couler quand ils étaient témoins d'un crime particulièrement atroce – c'était aussi logique pour les anges que de saigner quand on se coupait une veine. Les démons gardaient ces larmes tels des trophées – le roi avait même formé une équipe chargée de les ramasser un peu partout dans le monde – mais Ayato n'en était pas fier. Il n'aimait pas que les anges considèrent les démons comme ceux qu'ils avaient enfermé plusieurs siècles auparavant – même si c'était vrai.
Deux gardes armés étaient postés devant la porte du palais. Quand Ayato arriva devant eux, ils ordonnèrent d'une même voix:
« Déclinez votre identité! »
Pour toute réponse, Ayato leur montra sa faux. Les gardes semblèrent alors totalement pris au dépourvu.
« A... Ayato Neko ? Le plus jeune tueur à gages ?
– Bien sûr que c'est lui, Makoto! Qui d'autre se baladerait avec une faux? Passez, Neko.
– Remettez-nous d'abord votre faux, ajouta le dénommé Makoto d'une voix assurée.
– Il y a Dew dedans! protesta Ayato.
– Dew ? Votre Blue-Spirit? Il peut sortir de l'arme, vous savez? »
Ayato rougit. Ce garde en savait plus que lui sur les Blue-Spirit, ceux qui apportaient les messages du roi à leur tueurs à gages et qui pouvaient prendre le contrôle de l'arme de leur coéquipier! Sans compter leurs pouvoirs de guérison...
« Euh, non je ne savais pas... Dew?! »
Le Blue-Spirit ressemblait à présent à une boule de feu bleu, d'une vingtaine de centimètres de diamètre. Elle volait tout autour de la tête d'Ayato à une vitesse incroyable. Celui-ci pensa bizarrement à une grosse mouche qui tournait autour d'un morceau de viande avariée.
« Vous pouvez passer. », dirent les deux gardes d'une même voix dès que le tueur à gages leur donna sa précieuse faux.
Ils s'écartèrent de la porte qui s'ouvrit sans un bruit.

L'atmosphère silencieuse équivoquait à Ayato un matin enneigé dans la forêt. À l'autre bout de l'immense salle se trouvait , assis dans un trône ouvragé, le souverain des Enfers, Sire Finn Satan. Si la pièce était trop grande pour voir les visages de son conseiller et de ses serviteurs, le roi se distinguait sans mal, avec ses cheveux couleur cuivre qui brillaient à la lumière du minuscule soleil artificiel que les chercheurs de Satan avaient mis au point pour que les conditions de vie dans le palais royal soient idéales – ou presque. Le roi devait avoir dans les trente ans mais on lui donnait à peine seize. Ayato avança vers le trône, Dew tournant toujours autour de sa tête. Cinquante pas. Soixante pas. Soixante-dix pas. À quatre-vingt pas, il avait franchi la moitié de la salle.
À cent cinquante pas – ou à cent cinquante et un, il ne savait plus – Ayato s'arrêta et se mit à genoux devant le roi. Celui-ci le regardait de ses yeux bruns, une lueur amusée dans le regard. Au bout de quelques heures – c'est en tout cas la durée qu'Ayato crut rester dans la même position, au milieu du silence assourdissant – Satan se racla la gorge.
« Lève-toi. »
Ayato obéit sans tarder. Pour lui, seul la voix du souverain comptait à présent. Elle allait déterminer s'il serait encore tueur à gages quand il quitterait le palais. Tous les autres bruits étaient bizarrement assourdis.
« Tout d'abord, encore bravo pour ton travail de tueur à gages. Tu es plus jeune que tous les autres...et presque aussi beau que moi. »
Il s'autorisa un mince sourire qu'Ayato ne lui rendit pas. Il savait que Satan ne l'avait pas convoqué au palais royal pour lui adresser des félicitations. Il voulait sans doute le punir pour sa bêtise.
« Je dois te dire que je ne t'ai confié que des tâches presque sans intérêt. Je ne te faisais pas confiance. », continua le roi.
Le cœur d'Ayato semblait tambouriner quelque part à côté de ses cordes vocales. Il déglutit avec difficulté, attendant le verdict.
« Maintenant si. L'idée de lâcher de la brume paralysante sur les oiseaux qui représentaient le bonheur pour certains humains était formidable, et je n'ai pas oublié que c'était toi qui l'avait trouvée. Je vais donc te donner une mission très importante, sans doute la plus importante de toutes que j'ai eu le plaisir de donner aux tueurs à gages. »
Ayato n'en croyait pas ses oreilles. On le récompensait pour sa bêtise?
« M...mais, Sire... J'ai désobéi aux ordres... Vous ne me punissez pas?
– Je pense que les imbécilités font partie du travail de tueur à gages. Surtout du tien, en fait. »
Il y a vraiment des mots qui blessent..., pensa Ayato.
« La mission que je vais te confier est très importante, répéta le roi. Nous aurons certainement un nouveau monde juste après que tu la mèneras à bien. »
Ayato se sentit trembler d'excitation. Une vraie victime, cette fois! Mais le souverain était grave.
« Cet homme s'appelle Ayato Neko. »
Ayato n'en croyait pas ses oreilles. Il devait se tuer lui-même? Le souverain sourit.
« C'est une blague. »
Ayato lui aurait volontiers donné quelques coups de pieds.
« Tu dois trouver et tuer un jeune homme au cœur si pur qu'il pourrait être un ange, continua le roi, un peu plus sérieux. Il y en a qu'un sur Terre.
– Mais la Terre est immense!
– Crois-tu vraiment que je t'ai donné cette mission sans plus d'indications? soupira le roi.
Ce jeune homme s'appelle Armand de la Rose, il a seize ans et enfin il habite en France, quelque part dans la ville de Kedan.
– Kedon?
– Kedan, corrigea Satan. C'est une ville plutôt tranquille, même si elle est un peu grande.
– Euh... C'est vrai? dit Ayato, qui aimerait bien aller tout de suite dans le monde des humains trouver Armand de la Rose et en finir vite avec lui.
– Oui. D'ailleurs profite bien de ton séjour là-bas. Ah, et ton ancienne victime a été éliminée par un autre tueur à gages.  »
Satan lui fit signe de partir.

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MessageSujet: Re: La larme écarlate Dim 17 Juin - 15:00:32

Il était près de sept heures du soir. Ayato errait dans la ville de Kedan depuis plusieurs semaines déjà, mais il n'avait toujours pas trouvé Armand de la Rose. Il commençait à trouver ses journées monotones: il allait de lycée en lycée, et le même dialogue se répétait inlassablement:
« Bonjour Monsieur, vous êtes le directeur de cet établissement, je crois ?
– Oui mon brave! Vous voulez vous y inscrire ? Pour ça il faut voir avec la sous-directrice...
– Non, ce serait pour savoir si vous avez dans ce lycée un jeune homme nommé Armand de la Rose. J'aide la police, vous comprenez... » Note de Shiro: Ce que c'est pas crédible =="
A ce moment, le directeur ou la directrice prenait sa fiche des élèves et, après un instant de silence, répondait invariablement...
« Non. Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider. »
Et à ce moment Ayato insultait et maudissait intérieurement Satan pour lui avoir donné un travail si ennuyeux.
Ses pieds l'avaient porté jusqu'au quartier le moins recommandable de toute la ville, composé de bâtiments gris recouverts de graffitis et aux trottoirs constellés de crottes de chien. On y faisait des mauvaises rencontres à presque chaque coin de rue.
Et il en fit une, justement.
Deux adolescentes de son âge habillées de soie noire, avec un écusson ailé bleu malheureusement familier cousu à l'épaule gauche. Des ailes d'un blanc nacré transperçaient le tissu au niveau des omoplates et un léger halo au-dessus de leur tête faisait penser à l'auréole qu'un certain Gabriel avait sur certaines peintures humaines.
Ces filles étaient des anges, des anges qui semblaient abasourdis de voir débarquer quelqu'un avec des oreilles pointues. Une d'elles se cacha derrière l'autre dès qu'elle aperçut le démon, si bien qu'Ayato put juste voir un éclair roux filer derrière la fille qui était blonde.
L'ennui qu'Ayato ressentait se changea aussitôt en peur. Les démons n'avaient pas le droit d'aller dans le monde des humains. Ces filles ailées pouvaient l'enfermer dans la prison pour démons du Paradis, la Prison Damney, pour cette raison. Il avait beau avoir laissé sa faux et Dew dans une maison dont les occupants étaient partis en vacances, le 14, rue Primrose – il était si facile de crocheter la serrure de la porte d'entrée! –, ses oreilles en pointe trahissaient son origine démoniaque. L'idée de fuir s'imposa dans son esprit, quand il se rappela que les anges étaient mille fois plus rapides que les créatures de la destruction. Il regretta énormément de ne pas avoir voulu que Dew l'accompagne.
L'ange qui était blond fut la première à se remettre de sa surprise. Avec une lenteur exagérée, elle s'approcha du démon. L'autre ne put éviter le regard d'Ayato qui en eut le souffle coupé.
La beauté de ses traits le prit au dépourvu. Elle était magnifique, avec ses cheveux roux qui lui tombaient jusqu'à la taille, ses yeux d'un vert foncé et son teint pâle. Mais c'était ses expressions qui la rendaient si belle. Il adorait la façon dont elle battait des cils, tournait légèrement la tête et haussait ses sourcils fins. Ayato aurait pu l'admirer pendantdes heures sans se lasser.
« Tu es un démon, n'est-ce-pas ? », lui demanda l'ange à la chevelure couleur de feu.
Ayato essaya de lui mentir, mais le seul mot qui parvint à franchir ses lèvres fut « Oui ».
« Je m'appelle Rosaline, Rosaline Angel, et voici Cloë, ma demi-sœur », dit la rousse de sa très jolie voix cristalline.
Ayato remarqua que Cloë ne ressemblait en rien à Rosaline: cheveux blonds, bouche rouge comme un fruit trop mûr, elle était plus petite que sa demi-sœur. Et malgré la menace que représentaient ces filles, Ayato ne put s'empêcher de les trouver très jolies – surtout Rosaline.
« Et toi ? », demanda Rosaline en parlant du nom tandis que sa sœur regardait le démon d'un air boudeur.
Ayato ne voyait pas l'intérêt que ces anges pourraient trouver à son prénom, mais tant qu'ils discutaient, il était toujours dans le monde des mortels et non pas à la Prison Damney.
« Je m'appelle Ayato Neko..., marmonna-t-il.
– Eh bien, Neko, tu n'as pas le droit d'être ici, déclara Cloë.(Contrairement à sa sœur, elle avait une voix dure, cassante.) Tu n'as pas peur de la Prison Damney?
– Si, si, mais...
– Dis-toi que je n'étais pas sympa tu y serais déjà! », se vanta Cloë.
Elle semblait plus vouloir l'impressionner que l'effrayer.
« Les démons n'ont pas à aller dans le monde des humains, Ayato. Tu le sais.
– Oui.
– Je ne dirais rien cette fois mais, si tu n'as pas une attitude irréprochable, je m'occuperait moi-même de toi. »
Son ton menaçant fut gâché par le regard de braise qu'elle lui lança en battant des cils.
« Non, Cloë, lui dit Rosaline. Si tu le tues tu ne vaudras pas mieux que lui.
– Rosaline..., commença Ayato, reconnaissant.
– Pars avant que nous ne changions d'avis.
– Merci.
– Vas-t'en, je te dis! »
Ayato courut jusqu'au 14 rue Primrose et, essoufflé, de laissa tomber sur le lit deux places. Il devait quelque chose à un ange! Si Rosaline n'avait pas été là, il serait à la Prison Damney au lieu d'être en bonne santé, sur un lit moelleux à souhait, avec un verre de jus d'orange dans la main – Dew pouvait faire surgir n'importe quelle boisson de nulle part.
Cloë et Rosaline ... Elles avaient défendu un démon – un tueur à gages, qui plus est – et devaient à présent payer leur indulgence... à moins que le Conseil des Archanges – le conseil regroupant les anges qui décidaient du sort des autres – fasse preuve d'indulgence, lui aussi? Les anges étaient des « justiciers », ils ne punissaient pas des innocents. D'un autre côté, ils n'aimaient pas qu'on leur désobéisse. La réaction de Rosaline était tout a fait exceptionnelle.
J'espère qu'elle n'aura pas d'ennuis à cause de moi...se dit-il, avant de se rappeler que Rosaline était un ange et qu'il se fichait de leur sort.
Mais malgré cela, Ayato continua à se demander si Rosaline allait avoir des ennuis à cause de lui jusqu'à ce que petit à petit le sommeil l'emporte...mais juste avant, il eut le temps de se demander quelque chose.
Pourquoi je m'inquiète seulement pour Rosaline et pas pour Cloë?
Et une petite voix sensée dans sa tête lui répondit: Ne trouves-tu pas que la façon dont tu regardais Rosaline en dit long sur la nature de tes sentiments? Il y a plus que de la gratitude, là-dedans...

Le lendemain matin, Ayato se réveilla quand une odeur de café lui chatouilla les narines. Il alla dans la cuisine et trouva une boule de feu bleu préparer le petit déjeuner d'Ayato – les Blue-Spirit n'avaient pas besoin de manger. C'était quelque chose d'étrange de voir cette boule parfaitement ronde soulever des objets tels que les toasts ou le beurre par la pensée. Ayato remercia Dew et se mit à table. Alors qu'il buvait son café, il se rendit compte que c'était vraiment ridicule d'être un démon, une créature du mal qui faisait peur aux gens, quand on prenait son petit déjeuner – il se demandait aussi ce que Rosaline en penserait. Mais imaginer Sire Finn en pyjama - avec un ours en peluche dessus, évidemment! - devant un bol de céréales pour enfants le revigora.
« Veux-tu que je viennes avec toi aujourd'hui, Neko?
– Euh...non, pas besoin, Dew. Au pire, si je croise des anges, et bien, euh...ils me feront de la place dans la Prison Damney...
– Tu trouves ça drôle?
– Non, non...(Ayato soupira.)Je ferais attention, je te le jure. »
Ayato courait en direction du seul lycée de la ville où il n'avait pas encore regardé si Armand de la Rose s'y trouvait. Mais il s'y trouvait forcément. Sinon il ne serait pas dans la ville, car on ne peut pas aller dans un lycée qui n'est pas dans Kedan pour la simple raison que la ville se situe en pleine campagne.
Ayato arriva au lycée et s'y inscrit sans même vérifier si Armand s'y trouvait. Il passa le temps consacré aux cours à faire tourner entre ses doigts le stylo que son voisin lui avait prêté, l'air absent. Quand la cloche marquant la fin des cours sonna, il était pressé de savoir lequel de ces lycéens était Armand et les observer ne lui suffisait plus. Il demanda à un garçon qui passait près de lui:
« Armand de la Rose n'est pas là?
– Hein? Euh, si, si, mais il est allé chez le docteur et il doit être en train d'y revenir.
– Ok, merci. »
Ayato partit sans faire attention aux appels du lycéen.
En rentrant chez lui – enfin, pas exactement chez lui, mais dans la maison des personnes parties en vacances, c'est-à-dire le 14, rue Primrose – Ayato vit un spectacle pour le moins singulier: une dizaine de personnes acclamaient un jeune homme qui jetait des pierres à une fille plus jeune qu'Ayato et celui-ci ne put que ressentir la cruauté du jeu auquel le garçon participait avec enthousiasme.
« Allez, petite, dis « camion »... Dis le mot « camion » et je te laisse tranquille...
– Compte là-dessus! »
L'homme lui lança une nouvelle pierre qui atterrit sur sa tempe. Elle ne pouvait pas s'enfuir : deux personnes la plaquaient contre le mur de l'immeuble. L'homme ramassa une autre pierre et...
« Laisse-la tranquille! »
Ayato vit un autre jeune homme à l'allure vaguement familière courir vers celui qui avait une pierre dans la main et lui flanquer un coup de pied dans l'entre-jambes. L'autre hurla de douleur, se tenant l'endroit frappé à deux mains comme s'il pensait qu'il allait se détacher.
« Les autres veulent-ils tâter de mon pied?, demanda, le dos tourné vers Ayato, le sauveur de la fille aux personnes qui avaient ri alors que quelqu'un se faisait lapider sous leurs yeux.
En guise de réponse, tout le monde sauf Ayato et la fille prirent la fuite.
« Ça va, Mademoiselle ? »demanda le sauveur à la fille d'une voix style Tu-n'as-rien-à-craindre-tant-que-je-suis-là.
Elle semblait furieuse.
« Je n'avais pas besoin de ton aide ! Je sais me défendre toute seule ! »
Elle le gifla – en ayant besoin de se mettre sur la pointe des pieds – et partit en courant. Le blessé, lui, semblait hébété, la main à l'endroit où celle de la fille s'était posée plus ou moins doucement. Et, soudain, il se tourna vers Ayato.
Celui-ci sentit son sang se glacer et son cœur chavirer. Il connaissait ce beau visage aux cheveux cuivrés, aux yeux bruns lumineux et vifs, et il connaissait cette façon de se tenir; il l'avait vu des dizaines de fois au Palais des Enfers, quand il discutait de la qualité de son travail.
C'était Satan.
« Salut, lui salua-t-il. Ça va? Moi, je crois que je viens de me prendre une baffe. Toi, tu vas bien? Comment tu t'appelles?
– Je vais bien...et je m'appelle A... Ayato Neko... et v... et toi ? »
Il tendit la main à Ayato.
« Enchanté. Je m'appelle Armand. Armand de la Rose. »
Ayato eut l'impression de tomber de très haut. Ce sosie du souverain des Enfers était sa victime ? Impossible !
« Euh... Tu es dans le même lycée que moi, alors!
– Possible. Tu es à Victor Hugo, c'est ça?
– Hein? Euh, oui! »
Le silence s'installa,s'éternisa. Ayato voulait lui demander si la raison de sa ressemblance avec le souverain des Enfers était la caméra cachée – une de ces émissions stupides qui passaient à la télévision, celles que personne ne regardait – mais il s'en abstint.
« Je dois rentrer chez moi, articula le démon. À bientôt !
– Salut ! On se voit demain au lycée ?
– Oui ! Sans problème ! »dit Ayato d'une voix horriblement hypocrite.
Tu ne peux pas savoir à quel point j'aimerai te voir demain. Je te présenterai à Dew, et elle sera si contente qu'elle se collera certainement contre ta gorge, songea-t-il.
Mais en même temps il ne put retenir un pincement au cœur quand il réalisa que Rosaline serait furieuse contre lui, et furieuse contre elle-même quand elle réaliserait qu'elle lui avait accordé sa confiance et qu'il ne l'avait pas mérité.

Ayato, surexcité, courut jusqu'au 14, rue Primrose pour préparer le plus vite possible l'assassinat de sa cible.
Il se perdit dans la ville et ne retrouva pas son chemin. Il avait emprunté une mauvaise rue, mais quand? Il tournait en rond. Alors qu'il allait abandonner, découragé, un parfum floral et sucré parvint jusqu'à lui. C'était l'odeur la plus délicieuse qu'il eût senti des quinze ans et quelques de son existence et il voulait en découvrir l'origine.
Elle venait d'une ruelle sombre sur sa droite et il n'hésita pas à l'emprunter.
La ruelle en question était un passage étroit entre deux maisons à l'abandon couvertes de graffitis; bref, tout à fait l'endroit qu'on n'emprunte pas sauf si on a perdu un pari idiot.
Une jeune fille y était, adossée contre un mur. C'était elle qui dégageait ce parfum si divin. Ayato aurait voulu lui demander son chemin mais il se ravisa en détaillant son visage encadré par une masse de cheveux roux. Encore plus magnifique que dans son souvenir.
Rosaline.
Que faisait-elle là, sans sa demi-sœur?
Ayato décida de se cacher pour l'espionner. Une idée idiote lui traversait l'esprit – si Rosaline attendait l'ange dont elle était amoureuse? – et il ressentit une haine brûlante, amère et immédiate pour ce garçon imaginaire. Il monta sur le toit d'une des maisons en une dizaine de secondes et put assister à toute la scène.
Un homme de trente ans environ arriva dans la ruelle en silence. Il était noir, blond, ses cheveux masquant un de ses yeux. Ses oreilles se terminaient en pointe et les ongles de ses mains étaient renforcés avec de longues lames de métal – une arme redoutable, mortelle, même. Il avait de longues moustaches, comme celles d'un félin.
« Papa », articula Rosaline.
Ayato n'en crut pas ses oreilles. Il était son père. Mais... il ne lui en avait jamais parlé. Jamais il n'avait mentionné une quelconque fille.
En plus, il était dangereux. Si jamais elle faisait le geste dans sa direction...
« Tu es mon père, n'est-ce-pas?
– Oui. Oh, Rosaline! Je suis désolé de ne pas t'avoir connue, mais ta mère m'a quittée et...
– Ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave. Papa, tu es si... si impressionnant. Avec ces griffes, tu me ferais presque peur. Tu... tu ne m'attaqueras pas, hein, Papa?, lui demanda-t-elle d'une voix empreinte de doute.
– Bien sûr que non », il répondit après un instant d'hésitation.
C'est faux! Rosaline, si tu savais!, pensa Ayato. Il en aurait gémi.
« C'est quoi, ça? , demanda l'ange en montrant du doigt l'œil crevé de son père, l'air horrifié. Tu es borgne? »
Plusieurs choses se produisent alors en même temps. Il se raidit, Ayato étouffa un cri et avant que le faucheur puisse réagir, Arbracha Tiger, l'ancien mentor d'Ayato, enfonça ses lames dans le ventre de Rosaline jusqu'à ce qu'il ne puisse la transpercer plus, puis les retira.
Et le sang de Rosaline gicla en telle quantité qu'Ayato sut qu'il n'y avait plus d'espoir.

Je suis juste fière de la dernière phrase de ce chapitre Twisted Evil

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Shiro




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MessageSujet: Re: La larme écarlate Sam 23 Juin - 10:46:02

Note de Shiro: Et comment je peux transformer une bonne fic en océan de guimauve...

Ayato sauta du toit et s'approcha de l'ange dont les ailes devenaient rougies par son sang. Rosaline s'écroula sur le goudron, le souffle de plus en plus laborieux.
Arbracha Tiger s'évanouit, incapable d'essayer de sauver celle qu'il avait blessé. Il perdait tout contrôle et attaquait tout le monde autour de lui quand il voyait quelque chose de pointu dirigé vers lui. Il avait cette réaction depuis qu'il avait failli perdre la vie, quand un autre tueur à gages à qui il faisait confiance lui avait enfoncé son épée dans l'œil gauche. La lame avait raté son cerveau d'un cheveu. C'était il y a un an, juste après qu'Ayato eut fini sa formation. Note de Shiro: Ha! Ha! Pas crédible.
Ayato était trop préoccupé par la blessure de l'ange pour s'occuper de son ancien mentor. Son cœur se serra. Chaque être vivant tué de la main d'un démon voyait son âme aller au Cratère où elle brûlerait pour l'éternité, tandis que le corps serait mutilé, défiguré, fouetté jusqu'à ce qu'il fusse saigné à blanc. Et les deux ressentaient la souffrance de l'autre, car ils étaient liés à jamais, dans la joie comme dans la douleur. Rosaline, l'ange qui avait sauvé Ayato de la Prison Damney, subir cela ? Jamais!
Et pourtant, il était sûr qu'elle y irait. Chaque être vivant tué par les démons allait au Cratère. Ce n'est pas une loi; c'est quelque chose d'automatique, de naturel, comme quand les feuilles tombaient en automne. Personne, même le plus puissant des anges, ne peuvent les en empêcher.
« Ayato, souffla l'ange. Ayato.
– Rosaline ! Je... je...
– Écoute-moi.(Elle s'interrompit un instant pour tousser, et de nouvelles gouttes de liquide rouge vinrent salir le sol.) Continue ton travail de tueur à gages. Bats-toi pour ton futur monde.
– Mais...
– Je comprends les motivations des démons, à présent. Les anges ont été idiots de vous enfermer aux Enfers, continua-t-elle comme si elle ne l'avait pas entendu. Cloë doit être en train de me chercher. Dis-lui adieu de ma part, je t'en supplie, Ayato... »
Ayato, horrifié, regarda Rosaline cracher de nouvelles gouttes de liquide sombre. Une larme perlait des yeux de l'ange. Elle roula sur sa joue, se cristallisant aussitôt en diamant rouge.
Il tomba sur le sol dans un tintement cristallin et se mit à étinceler de mille feux sous le soleil éclatant. Ayato regarda pendant une fraction de seconde qui lui sembla une éternité ce diamant pourpre.
Si pur, comme l'ange à qui elle avait appartenu...
La larme écarlate.
Ayato essaya d'éponger le flot de sang qui sortait du ventre de Rosaline. L'ange le repoussa faiblement.
« Ça ne servira à rien. Je suis condamnée. Promets...moi... de dire adieu à Cloë... de ma part...
– Je lui dirai... Mais...pourquoi veux-tu que je continue mon travail de tueur alors que tu devrais t'inquiéter pour les difficultés que je donne à ton peuple? »
Rosaline regarda Ayato, usant toutes ses dernières forces pour lui faire un mince sourire. Le faucheur regretta aussitôt ses paroles: l'ange devait parler le moins possible.
« Je...t'aime, Ayato. Je... t'ai... me... depuis... la première seconde... où je... t'ai... vu... »
Rosaline poussa un soupir et ferma les yeux. Les dernières gouttes de sang qui restaient dans son corps s'écrasèrent sur le goudron. Et il ne s'en rendit compte que maintenant...
« Je t'aime aussi, Rosaline, murmura-t-il. Adieu. »
Il caressa ses longs cheveux roux soyeux. Détailla son visage pour s'en rappeler dans les moindres détails. Des larmes brûlantes coulèrent sur ses joues. Puis il se détourna.
Le corps de Rosaline avait disparu quand il jeta tout de même un regard en arrière. L'enveloppe charnelle allait au Cratère, lui aussi, pour subir toutes les formes de torture imaginables.
Et il attendit Cloë, sans faire attention aux gémissements involontaires que poussait son ancien mentor. Aucune trace de Boustique, le Blue-Spirit d'Arbracha. Celui-ci était peut-être parti sans son Blue-Spirit, ou peut-être que Boustique avait fait un geste qui pointait dans la direction d'Arbracha et...
À cette seule pensée, Ayato eut la nausée.
« Ayato! »
Il sursauta. Cloë se tenait à quelques mètres de lui.
« Que fais-tu là? Tu n'as pas compris que tu n'as pas le droit d'aller dans le monde...
– Je le sais, Cloë, dit Ayato d'une voix lasse. Mais je suis là pour te dire que... ta sœur, Rosaline... est morte. »
Sa voix se brisa quand il prononça le dernier mot et Cloë pâlit.
« Comment ça " Rosaline est morte "? Elle n'est pas... elle ne peut pas...
– Ça s'est passé sous mes yeux. »
La peine qui se lisait sur le visage de l'ange se mua en colère.
« Ça s'est passé sous tes yeux? Tu l'as tuée, c'est ça? Tu as tué ma sœur! Espèce de... »
Elle ne prit pas la peine de finir sa phrase et se rua sur Ayato. Elle le plaqua au sol et lui griffa la joue avec ses ongles. Le sang coula.
« Calme-toi, je n'y suis pour rien! C'est la faute du démon évanoui qui est derrière toi, Cloë! »
Elle regarda dans la direction indiquée, lâcha Ayato et s'accroupit près d'Arbracha.
« Qui est-ce?, demanda-t-elle à Ayato.
– Un tueur à gages, répondit-il vaguement après un minuscule moment d'hésitation.
Le moment semblait mal choisi pour révéler à Cloë que c'était son propre mentor qui avait tué sa sœur adorée.
« Comme toi, n'est-ce-pas? »
Il ne se prit même pas la peine de répondre. Cloë reporta son attention sur Arbracha.
« Je vais l'emmener à la Prison Damney. Il a tué un ange.
– Quoi? Non, Cloë, non! Il ne savait pas ce qu'il faisait! »
L'ange le regarda d'un œil soupçonneux.
« Tu sembles savoir beaucoup plus de choses que tu ne veux m'en dire. Comment le sais-tu? »
Alors Ayato est obligé de tout lui raconter, de l'œil crevé de son mentor jusqu'à les choses pointues qu'il voit comme un signe d'agression, en passant par le doigt pointé de Rosaline. Et sa mort, causée par les longues griffes d'Arbracha plantées dans son ventre. Pendant son récit, Cloë le regardait d'un air suppliant, comme si elle s'attendait à ce qu'il lui dise enfin que ce n'était qu'une blague, que Rosaline était toujours en vie, qu'elle allait sortir de sa cachette d'un instant à l'autre, se moquant d'elle pour avoir cru à leur plaisanterie – aussi douteuse soit-elle. Mais Rosaline, évidemment, ne réapparaissait pas. Alors Cloë laissait couler ses larmes sans chercher à les retenir.
« Je dois y aller, Neko. Cet assassin ne mérite pas de rester ici plus longtemps, même si je sais que le crime n'était pas volontaire – c'est la loi: il sera jugé, dit-elle en désignant Arbracha, toujours évanoui. Je te dis adieu, Neko, car si nous devrions nous revoir un jour, nous nous battrons jusqu'à la mort, car nous n'avons pas choisi le même camp. »
Ayato resta silencieux, attendant la suite.
Mais Cloë se détourna et se dirigea vers Arbracha sans ajouter un mot. Elle murmura quelque chose, et son corps et celui d'Arbracha devinrent transparents. Alors qu'elle devenait si translucide qu'Ayato pouvait voir la voiture derrière elle, elle dit:
« Ayato... Merci. »
Ayato sursauta. Alors que l'ange et le démon devenaient presque invisibles...
« Ce n'est rien. Rosaline... comptait pour moi, tu sais.
– C'est ce que j'avais cru comprendre. »lui répondit-elle, soudain triste.
Lâchant la chemise d'Abracha, elle s'approcha alors d'Ayato et l'embrassa si vite qu'il eut à peine le temps de s'en apercevoir.
« Il fallait que je le fasse une fois avant que la guerre entre anges et démons ne commence vraiment », lui dit Cloë, les larmes aux yeux.
Et l'ange et le démon évanoui disparurent.

Cela faisait trois semaines que Rosaline était morte, trois semaines que sa sœur et Arbracha s'étaient téléportés. Trois semaines qu'Ayato restait cloitré au 14 rue Primrose. Il ne riait plus. N'avait plus l'air enthousiasmé par l'idée de régler son compte à Armand de la Rose. En fait, il mangeait et dormait à peine. Après une réflexion d'une heure et demie il se dit qu'il faisait à peu près autant de mouvements que les oiseaux figés au Japon, ceux qu'il avait condamné. En fait, ce qu'il lui arrivait était un juste retour de bâton.
Depuis la mort de Rosaline, il ne lui semblait plus possible d'éprouver des sensations comme la joie ou la fierté, tellement l'horreur et le chagrin avaient pris une place importante dans son cœur.
Il aimait Rosaline, et il n'avait pas eu assez de cervelle pour s'en rendre compte. Et maintenant... c'était trop tard. Son ange était partie dans l'endroit le plus horrible qui soit, jamais il ne la reverrait.
Pour oublier Rosaline, Arbracha, Cloë et Boustique, il dormait sans arrêt. Il passait ses journées dans son lit deux places et ne le quittait seulement pour aller manger et pour se rendre aux toilettes.

La semaine passa. Cela faisait un mois désormais que le démon s'était enfermé dans sa chambre. Il n'allait pas au lycée et Dew n'y trouvait rien à redire. Pourtant, à environ trois heures de l'après-midi, le Blue-Spirit arriva dans la chambre d'Ayato et attendit qu'il se réveille.
« Neko, Neko. »chuchota-t-elle.
Il continua à dormir.
« Neko! »
Cette fois, il se réveilla.
« Kesskispasse? J'ai raté le petit déjeuner? »
Il s'étira et bailla. Puis soudain il sembla se rappeler ce qui c'était passé le mois dernier car son visage se renfrogna. Il ouvrit la bouche mais avant qu'il puisse parler, Dew lui dit:
« Le roi souhaite te voir. »

Ayato était devant le souverain des Enfers qui le regardait depuis des heures avec intérêt. Intérieurement, celui qui était devant le trône bouillonnait de rage. Pourquoi Satan restait planté là, sans rien dire? Ayato se sentait prêt à lui sauter à la gorge quand...
« Je peux la libérer, tu sais, dit leroi. Mais tu devras faire quelque chose pour moi. »
Le cœur battant, Ayato regarda le souverain, plein d'espoir. Rosaline pouvait sortir du Cratère. Tout n'était pas perdu.
« Quelle chose?
– Tu devras tuer Armand de la Rose. Si tu échoues, il saura que quelqu'un veut le tuer et peut-être même qu'il se suicidera. Mais la mort de cet adolescent est quelque chose qui doit avoir lieu le plus tôt possible pour le bien-être des démons.
– Je jure que je le tuerai.
– Je l'espère. Mais dans le cas contraire... »
Il claqua des doigts et une jeune démone se plaça entre eux.
Ayato avait la vague impression de l'avoir déjà vue quelque part. Elle était plutôt jolie, avec des cheveux bruns foncé qui lui tombaient jusqu'à la taille et ses yeux marrons aux très longs cils. Elle était habillée avec une tunique rayée rouge et noir et un leggings d'une couleur plus sombre que les ténèbres les plus opaques. Ses bottes noires montaient jusqu'aux genoux.
« ...mademoiselle Alba se fera un plaisir de l'assassiner à ta place .
– Je n'ai pas besoin de son aide! Elle n'est même pas tueuse à gages! »
C'est vrai! Depuis quand ai-je besoin d'une nourrice?pensa-t-il.
« Pourquoi ne pourrait-elle pas être tueuse à gages? »demanda le roi d'une voix douce.
– Et bien... je suis le plus jeune tueur et elle doit avoir environ trois ans de moins que moi...
– Sire... sauf votre respect, je n'aime pas trop l'idée que vous parliez de moi comme si je n'étais pas là. »
Ayato retint son souffle. Jamais personne n'avait manqué de respect au roi. Cette fille allait payer les conséquences de ses paroles.
Pourtant, Satan ne fit que hausser légèrement les sourcils.
« Bien sûr, Cornaline. Présente-toi, je te prie, susurra le souverain.
– Je m'appelle Cornaline Alba. J'ai douze ans, je suis une démone, j'adore les pâtes à la bolognaise, et aussi les canettes de soda, particulièrement le Coca...
– Cornaline! » protesta le roi.
– Ah euh... excusez-moi, Sire!dit précipitamment la démone. Je suis désolée! Neko, je suis aussi la plus jeune tueuse à gages. »
Ayato en resta bouche bée. Cette fille était la plus jeune tueuse à gages, une plus jeune que lui! Cette fille que Ayato avait vu gifler un sosie du roi des Enfers...!
Mais...non! C'était Cornaline Alba qui recevait les pierres lancées par l'homme qui la forçait à dire « camion »!
« Nous nous sommes déjà rencontrés dans le monde des humains, bien sûr. »ajouta Cornaline.
Ayato trouva que c'était une drôle de façon de lui rappeler qu'il l'avait vue gifler Armand de la Rose, mais il resta silencieux.
« Je crois que j'ai fini, Sire, dit-elle à Satan. (Elle se tourna vers Ayato.) Tu n'as pas besoin de te présenter, Neko, je sais déjà pas mal de choses sur toi: tu as quinze ans, tu es un démon tueur à gages, ton Blue-Spirit s'appelle Dew, il est normalement enfermé dans une faux, tu adores les chats et tu as raté ta victime à cause de son petit chaton..., énuméra-t-elle. Mais tout ça, on s'en fiche. La seule chose qui nous importe, maintenant, c'est que tu vas tuer Armand de la Rose et permettre aux démons d'avoir un nouveau monde semblable au Paradis. Nous comptons sur toi, tu sais. »
Cornaline avait dit cela en toute sincérité et Ayato en frissonna. Tous semblait avoir en lui une confiance aveugle. Tous, sauf Satan, qui doutait de sa capacité à tuer, même s'il avait assassiné une dizaine d'humains. En fait, une pointe de doute pointait également dans l'esprit d'Ayato, mais il la refoula le plus possible. Il n'y avait pas de doute à avoir si la vie de Rosaline était en jeu.
« Merci, Cornaline. Je te promets à toi aussi que je tuerai Armand de la Rose. »
Et voilà. Il l'avait dit. Il ne pouvait plus reculer, désormais.
« Bon, je vois que vous vous entendez bien, tous les deux. Vous pouvez partir, maintenant. leur dit Satan. Je ne vous retiens plus.
– Bien sûr, Sire. À vos ordres, dit Cornaline. (Elle fit un pas vers la sortie, puis s'arrêta, comme prise d'un doute.) Sire! Puis-je vous poser une dernière question?
– Bien sûr, Cornaline.
– Pourquoi Armand de la Rose vous ressemble-t-il tant? »
Ayato sursauta à la prononciation du nom de sa victime. Il voulait poser cette question au roi, lui aussi, mais la mort de Rosaline avait chassé toute autre pensée de sa tête.
« Ce n'est qu'une coïncidence, répondit simplement Satan d'une voix ferme après un long silence. (Il fit un signe de la main, comme s'il voulait chasser une mouche qui l'importunait.)Sortez. J'ai besoin d'être seul. »

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MessageSujet: Re: La larme écarlate Lun 2 Juil - 16:24:15

Note de Shiro: Et là ça devient très zarb ._.
De retour à Kedan, les deux tueurs à gages avaient regagné le 14 rue Primrose et s'étaient renseignés sur leurs talents et leurs défauts respectifs:
« Tu n'arrives pas à garder ton calme face à un félin, c'est ça, Neko? Donc tu devras savoir si Armand de la Rose a un chat...
– Je sais, Cornaline, je sais! avait dit Ayato d'un ton exaspéré.
– Comment tu les aime, en fait? Comme des amis ou alors tu es...
– Comme des amis, l'interrompit-il, rougissant.
– Tu n'es pas zooph...?
– Non, non! Bien sûr que non! Enfin bref: moi, je ne sais même pas avec quoi tu te bats, Cornaline. Je ne t'ai pas vu porter d'arme. Et où est ton Blue-Spirit?
– Arobase est resté aux Enfers car il savait qu'il y avait ton Blue-Spirit pour m'aider.
– Et...
– Mon arme? Je l'ai sur moi. Ce sont mes cheveux.
– Tes... »
Ayato avait poussé un cri en voyant les longs cheveux de la tueuse à gages tournoyer dans tous les sens puis s'enrouler autour de sa gorge.
« Je tue mes victimes comme cela. Je mets mes cheveux autour de leur cou et je serre lentement... lentement...jusqu'à ce que le sang ne puisse plus aller jusqu'au cerveau. Et elles ont le temps de voir leur vie défiler des centaines de fois avant leur voyage au Cratère. »
Ayato avait espéré que Cornaline n'avait pas décelé la pointe de peur dans sa voix lorsque qu'il avait émis un petit ricanement.
« J'appelle ça du sadisme.
– Et moi je sais que nous sommes en guerre avec les anges. Donc... à la guerre comme à la guerre. »
Et elle enleva ses cheveux du cou d'Ayato.

Ils étaient au lycée d'Armand de la Rose où Cornaline avait fini par s'inscrire malgré la honte qu'elle ressentirait si jamais la cible d'Ayato reconnaissait en elle la jeune fille qui l'avait giflé. Bien qu'âgée de douze ans, elle était suffisamment brillante pour aller au lycée. C'était la récréation. Ils ne trouvaient pas de sujet de discussion et un silence s'installait souvent entre eux, si épais que même les mots portant sur la mission qu'ils était censés accomplir n'arrivaient pas à le franchir.
Pourtant quelqu'un allait le briser, quelqu'un qui n'était pas un tueur à gages, quelqu'un qui n'était même pas un démon, quelqu'un qui se dirigeait droit vers Ayato et Cornaline. Ceux-ci essayaient de ne pas lui prêter attention, de ne faire comme si le lycéen qui ressemblait tant au roi des Enfers n'existait pas. Peut-être que s'ils ne faisaient aucun geste dans sa direction il abandonnerait et irait avec ses amis.
Peine perdue.
Armand de la Rose arriva près d'eux et leur fit un clin d'œil, l'air enjoué.
« Salut la compagnie! Ça va, Ayato? Et toi, euh... je ne te connais pas... comment tu t'appelles? »
Si Armand avait reconnu Cornaline, il ne le montra pas.
« Je m'appelle C...Cornaline Alba... et toi? demanda Cornaline d'une voix faussement enjouée.
– Enchanté, Cornaline. Moi c'est Armand.
– Pourquoi voulais-tu nous voir, Armand?demanda Ayato. Tu veux nous demander quelque chose?
– Eh bien, maintenant que tu le dis, oui. C'est pour savoir si tu pourrais venir au bord de la falaise samedi à sept heures. J'organise toujours une petite fête là-bas. On chante, on rigole, on fait des blagues, on allume un feu de camp et on fait griller des guimauves dessus, on mange des choses du genre « tartine de confiture de bonbons et de miel »..., dit-il à Ayato. Et ta copine peut venir elle aussi, si elle veut. »ajouta-t-il en désignant Cornaline du menton. Vous êtes partants?
– Euh... »
Ayato n'était pas très emballé, mais Cornaline regardait Armand en lui faisant son plus beau sourire.
« Bien sûr, je viendrais. dit-elle. Et Neko aussi, pas vrai?
– Oui, – aïe – quelle question! répondit celui-ci pour que Cornaline arrête enfin de lui marcher sur le pied.
– Parfait. À samedi, alors. »leur dit celui qui n'avait visiblement rien vu de la souffrance que devait endurer Ayato – Cornaline pesait de tout son poids sur son pied – avec un grand sourire.
Et Armand s'éloigna.
« Tu es folle?, demanda Ayato avec colère à Cornaline sans se préoccuper des regards que les autres lycéens lui lançaient. À quoi tu pensais quand tu as accepté son invitation? (Il baissa la voix.) Ça ne sert à rien! Ce n'est pas ça qui va nous permettre de le tuer! »
Ayato n'avait pas prononcé le dernier mot mais Cornaline l'avait deviné.
« Si justement! se défendit-elle. Cette technique s'appelle La fausse symbiose, tu te souviens? »
Bien sûr qu'il s'en souvient. C'est la technique qui se traduit par « Je noue des liens avec la victime qui m'est désignée pour l'approcher plus facilement puis je la tue quand elle ne s'y attend pas parce qu'elle a confiance en moi. ». C'est aussi la technique la plus lâche de toutes. Comment peut-on assassiner quelqu'un qui vous fait confiance?
Mais l'idée de Cornaline se tenait: il faudrait bien tuer Armand un jour ou l'autre et pour y parvenir, Ayato devait mettre toutes les chances de son côté.
« Tu as raison, Cornaline. Vivement samedi. »

Le samedi arriva et Ayato alla à la fête d'Armand au bord de la falaise avec Cornaline. Il ne s'y passa rien de particulier, sinon qu'il remarqua qu'Armand semblait vraiment sympathique et que la falaise était très haute. Une chute et c'était la mort assurée, donc Ayato restait à bonne distance du bord.
Quand Armand proposa de faire une autre fête le samedi suivant, Ayato ne refusa pas. Mais quand il rentra au 14 rue Primrose, il ressentit une trace de culpabilité. Armand lui faisait confiance, et il le remercierait en l'assassinant. C'était franchement ignoble, même pour un adolescent qui avait tué dix-neuf personnes en un an. Il s'endormit vers quatre heures du matin pour rêver de Rosaline devant endurer les pires douleurs quelque part au Cratère.
Ayato ouvrit les yeux. C'était le soir et le soleil se couchait.
« J'ai dormi trop longtemps! » se dit Ayato. Il prit quand même son temps. Il bailla, s'étira et regarda sa chambre bizarrement. Quelque chose clochait. Tout était à sa place, pourtant: le tableau, la lampe de chevet, la frise de la tapisserie, le bureau, l'ordinateur... Une minute. L'ordinateur, les meubles, le tapis étaient recouverts d'une couche de poussière. Pas très épaisse, mais quand même assez pour qu'Ayato devine qu'il avait dormi plus qu'une nuit.
« Cornaline? Dew? » appela-t-il. « Vous êtes là? »
Aucune réponse. Il sortit de sa chambre et courut jusqu'à la cuisine. Sur le frigo se trouvait le calendrier. Il était barré jusqu'au samedi treize septembre. Autrement dit, cela faisait une semaine qu'Ayato s'était endormi. De la panique occupa alors les quatre-vingt dix-neuf pour cent de son cœur. Que s'était-il passé?
Puis il se souvint. Le samedi était le jour de la fête d'Armand. Cornaline devait y être, et Dew devait l'avoir suivie, comme un Blue-Spirit n'est visible que par son tueur à gages.
Ayato s'habilla en vitesse et courut jusqu'à la falaise.

Effectivement elles étaient là. Cornaline buvait une tisane et Dew tournait autour de sa tête. Cornaline ne manifesta aucun signe de surprise en le voyant.
« Tiens tiens, un revenant! Ça va, Neko?
– Oui, je crois... Que s'est-il passé?
– Tu as dormi à peu près six fois plus longtemps qu'une personne normale, c'est tout. Tu veux une bière ou une tisane? »
Elle lui tendit deux bouteilles, et Ayato eut bien du mal à détacher son regard de son Blue-Spirit.
« Euh, rien, merci. Pourquoi tu ne m'as pas réveillé?
– Il y avait D... euh... il ne faut jamais réveiller quelqu'un qui dort. »improvisa-t-elle.
À voir comme elle parlait de Dew, elle croyait donc que le Blue-Spirit était resté à son chevet. Eh bien, elle s'était trompée.
« Il y a une sorte de boule de feu bleu qui tourne autour de toi, Cornaline. »lui dit-il en lui faisant un clin d'œil appuyé. (Elle regarda tout autour d'elle en fronçant les sourcils.) « Ah, en fait non, ce doit être un effet de mon imagination. »
Elle hocha très légèrement la tête pour montrer qu'elle avait compris.
« Salut Armand. »dit Ayato. « Ça va, depuis l'autre jour?
– Salut, Ayato. Je vais bien, et t... euh non, je sais déjà comment tu vas, en fait. La dernière fois, je n'ai pas pu te présenter les gars de ma bande. Alors, pour commencer, je te présente Thomas. »
Le garçon assis le plus au bord de la falaise, en train de siroter une bière, lui tendit la main sans se lever. Ayato s'avança vers lui à contrecœur et au moment où il effleurait la main de Thomas...
Ayato trébucha sur un caillou et se sentit tomber, puis heurter la roche. Des douleurs fulgurantes au bras, puis à la cuisse, puis à la tête, lui firent arracher un cri de douleur.

Il n'avait plus conscience de son propre corps, juste de la douleur qui le transperçait de part et d'autre et le liquide chaud qui coulait de sa joue et emplissait sa bouche d'un goût âcre et piquant. Il avait tellement de mal à respirer qu'il avait l'impression de devoir absorber l'air trois fois pour qu'il arrive à ses poumons. Au moins, maintenant, il avait quelque chose sous lui, quelque chose de compact. Sans doute les rochers qu'il avait vu du haut de la falaise, la première fois qu'il y était venu.
Il ne voyait plus rien, et il aurait tellement voulu s'endormir...
« Et voilà comment mourut Ayato Neko. À cause de l'humain qu'il aurait dû tuer. Honte et douleur furent les dernières sensations qu'il eut », pensa-t-il d'un ton dramatique.
Et il sombra dans les ténèbres.

Ayato...
Laissez-moi tranquille...
Ayato...
Laissez-moi tranquille...
Il essaya de bouger, mais il ne réussit qu'à pousser un gémissement presque inaudible. Il aurait tellement voulu que la voix qui prononçait son nom se taise...
Ayato.
Ayato.
Ayato!
Elle le répétait à chaque fois plus fort, ce qui lui vrillait les tympans autant que des ongles crissant sur un tableau noir. Cette voix était pourtant apaisante...
Ayato!
Qu'elle se taise... qu'elle se taise...
AYATO!!

Cette fois il ouvrit les yeux. Il était dans sa chambre du 14 rue Primrose. Il essaya de se lever mais sa tête était trop lourde. Dew gesticulait devant son nez, et Cornaline était à son chevet. Une odeur délicieuse s'échappait de la cuisine, celle du chocolat chaud.
« Je ne suis pas mort, dit-il bêtement.
– Non, vraiment? », sourit Cornaline.
Mais son sourire avait quelque chose de forcé.
« Comment ça se fait?
– Tu es tombé, et quelqu'un t'a rattrapé à la dernière seconde. Il t'a hissé mais tu t'es cogné à la paroi et tu t'es cassé un ou deux os, et Dew t'as rafistolé. Mais si on ne t'avait pas rattrapé... »
Elle frissonna.
« Qui m'a sauvé? », s'enquit-il d'une voix faible.
En voyant Cornaline se tourner vers Dew en se mordant la lèvre, il comprit que quelque chose n'allait pas. Pas du tout.
« Armand de la Rose », devina-t-il.
Un long silence s'installa.
« Oui, répondit finalement Dew. Ce qui complique singulièrement ta tâche qui consiste à le tuer. »
Elle avait raison, bien sûr. Ayato avait désormais une dette envers Armand. Comment pourrait-il le tuer dans ces conditions?

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